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Réfléchir c’est se poser des questions et, si je me pose des questions, c’est que je doute…
Mais, au fait, qu’estce que le doute ?
D’après le Larousse, le doute c’est “l’état d’incertitude sur la réalité d’un fait.” D’après le Robert, c’est : “L’état de l’esprit qui est incertain de la vérité d’une énociation.” Et, enfin, pour citer Lalande dans son Vocabulaire philosophique, le doute c’est : “Etat de l’esprit qui se pose la question de savoir si une énonciation est vraie ou fausse et qui n’y répond pas actuellement…” Nous trouvons ici un élément supplémentaire : Qui n’y répond pas actuellment et pourquoi n’y répond-il pas, parce qu’il ne sait pas ou parce qu’il ne veut pas, la tâche lui paraissant peut-être trop diffcicile, voire impossible. Mais n’est-ce pas aussi la solution la plus facile ou la plus paresseuse ?
“Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l'une et l'autre nous dispensent de réfléchir.” disait Henri Poincaré dans La science et l'hypothèse.
Descartes, dans son célèbre Discours de la méthode, écrivait : “Je pensai qu’il fallait que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s’il ne me resterait point après cela quelque chose en ma créance qui fût entièrement indubitable.” Ce qui inexorablement le fit aboutir au fameux ”Je pense, donc je suis.” En effet, comment pouvait-il douter de l’essence même de ce qui lui permettait d’exprimer son doute ?
Descartes utilisa le doute comme base d’une méthode pour découvrir la vérité et tenter d’aboutir à des certitudes.
Le doute cartésien est une méthode radicale, peut-être temporairement excessive, mais dont le but est de se dégager du doute et de le faire évoluer. Ce fut l’apparition du doute scientifique qui s’applique donc aux choses démontrables, auxquelles on peut trouver une réponse plus ou moins vérifiable.
Mais la méthode cartésienne peut aussi s’appliquer au doute existentiel, qui lui s’intéresse aux questions métaphysiques, qui vont au-delà de la physique et qui ne nous offrent pas la possibilité d’atteindre des certitudes démontrables.
Enfin, je pense qu’il existe une troisième forme de doute, le doute religieux, qui lui non plus n’offre pas de réponses indubitables et démontrables, sauf par la Foi, laquelle nous apparaît davantage comme un don que comme le résultat d’un cheminement rationnel.
Le doute scientifique n’est-il pas, encore de nos jours, à la base de toute science de toute connaissance ? Si le savant ne doutait pas, et n’avançait que de certitude en certitude n’aurait-il pas tôt fait de s’égarer dans les pires erreurs ? Il s’abstiendrait de vérifier ses hypothèses et s’enliserait dans les méandres de ses élucubrations. Il faut souvent ôter et encore ôter la poussière de toutes les supputations et suppositions avant d’atteindre le sol ferme de la certitude.
Cependant, pour avancer sans se prendre les pieds dans les chausse-trappes, encore convient-il d’appliquer une méthode ; "On ne peut se passer d'une méthode pour se mettre en quête de la vérité des choses” dit Descartes dans son Discours de la méthode.
C’est là toute l’exigence de la démarche scientifique, car la démarche scientifique, comme toute démarche visant la qualité, pour être bien appliquée, nécessite une exigence importante.
Noyé dans le flot des hypothèses et des théories, il convient de douter de toutes et de faire un choix. C’est là toute la difficulté du tri ; savoir aller à l’essentiel, vérifier la consistance et la véracité de chaque élément afin d’éliminer ceux qui seraient faux ou contradictoires. Il est très simple de se noyer dans cette pléthore d’informations.
Dans la démarche scientifique le doute est plus que jamais nécessaire et indispensable, on le trouve à chaque tournant…
Mais en est-il autrement dans ce que nous avons appelé le doute existentiel ?
Non, mais… Si le doute scientifique permet au chercheur d’aboutir à quelques certitudes par la vérification et la confrontation systématiques avec le réel ou tout du moins ce qu’il peut considérer comme tel, dans le cas du doute existentiel le chercheur risque de stagner indéfiniment dans le domaine du doute.
Cependant, il me semble que nous ne pouvons douter de tout sans risquer de sombrer dans la folie ou tout du moins dans l’angoisse. L’Humain n’a-t-il pas besoin de certitudes pour asseoir sa vie ?
Lorsque le Bouddha a dit “Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire” n’est-il pas allé trop loin et n’a-t-il pas abouti à l’absurde ? Nombre de philosophes agnostiques ont abouti dans cette philosophie de l’absurde, tel, en particulier, Albert Camus.
Et pourtant, sommes-nous capables, d’atteindre la vérité par le seul usage de notre raison ? Sommes-nous capables en appliquant rigoureusement la méthode cartésienne d’atteindre une vérité indubitable ?
Le doute existentiel n’engendre-t-il pas inexorablement des séries de questions qui s’emboîtent inévitablement dans d’autres séries de questions qui produisent à leur tour de nouvelles séries de questions ? Et ainsi à l’infini…
Nous sommes tous, finalement, comme des enfants : “Maman, les petits bateaux qui vont sur l’eau, ont-ils de jambes ?”
Pourquoi le soleil brille-t-il dans le ciel et pourquoi les étoiles scintillent-elles dans la nuit et pourquoi le firmament est-il si grand et pourquoi pourquoi ?
Et si tout n’était qu’illusion ? Et si ce monde que nous palpons n’était qu’un rêve ?
Et là nous constatons que le doute existentiel rejoint aussi le doute scientifique, car quoique nous fassions, il reste toujours des questions sans réponses. Mais n’est-ce pas là aussi l’attrait du doute et de la recherche ?

CHARLES
dim 22 mar 2009 16:21